HISTOIRE DE DUMPHLUN

Au coeur des Amognes, un lieu d'histoire et de culture depuis le XIVe siècle

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UNE MAISON FORTE DEVENUE UNE DEMEURE SEIGNEURIALE

Le château de Dumphlun, à Billy-Chevannes dans la Nièvre, a été bâti entre le XIVème et le XVIIIème siècle. De vastes communs et bâtiments de ferme, agrandis aux XVIIIème et XIXème siècle, témoignent d'une importante activité agricole au cours des siècles.

Plusieurs orthographes du nom Dumphlun ont eu cours, comme l'a relevé Georges de Soultrait dans ses travaux sur l'histoire de la Nièvre : Dunflun, Dumflung, Dumphlain, Dumphlun (orthographe apparue au XVIIIe siècle). Ce toponyme, d'origine celte, combine les racines "dun" (enceinte fortifiée) et "flun" (cours d'eau).

Dumphlun s'élève sur un site occupé dès l'époque proto-historique, comme en témoigne un tumulus voisin à Cizely, au lieu-dit la Segangeotte. Fouillé dans les années 1850, il contenait un grand nombre de squelettes qui y étaient placés deux par deux (600-550 av. JC). On en a extrait une cinquantaine de bracelets de bronze, conservés aujourd'hui au musée archéologique de Nevers. La région des Amognes garde des traces nombreuses de communautés gallo-romaines (important sanctuaire dans la commune de Rouy).

Au Moyen-Âge, une motte féodale s'élevait le long de la route allant de Nevers à Château-Chinon, dans le pré dit du "Vieux Château" selon l'appellation figurant dans les plans cadastraux anciens. Les ruines de cette motte féodale ont été démantelées dans les années 1840.

Le château actuel s'est développé aux XIIIe et XIVe siècles : de cette époque reste l'ancienne tour de guet dominant la vallée de l'Andarge. Pendant la guerre de Cent Ans, la Nièvre connut de nombreux combats et Dumphlun faisait partie des places fortes comme Vesvres, Montigny ou Anlezy, luttant contre les Anglais et les Bourguignons, qui la prirent en 1430.

A la Renaissance, Dumphlun a été reconstruit, probablement en partie avec les pierres de l'ancienne motte féodale. Il était alors la propriété de Philibert d'Anlezy, décrit comme "seigneur de Dumphlun", mort avant 1489, écuyer, homme d’armes en 1467, maître d’hôtel de la Comtesse de Nevers en 14757.


Le château avait alors une apparence semblable à celle de Fourcherenne à Saxi-Bourdon (commune limitrophe de Billy-Chevannes), avec son escalier en colimaçon rapporté en façade. L'escalier en pierre de Dumphlun a été remplacé au XVIIIe siècle par un ouvrage en bois et fer forgé mais on peut encore voir sur la paroi du premier étage deux blasons de pierre appartenant à la famille d'Anlezy, décrits par Georges de Soultrait dans son Répertoire archéologique du département de la Nièvre.

Aux XVe et XVIe siècles, Dumphlun passe à la faveur d'alliances par différentes familles du Nivernais : les Damas, Cossaye (mariage de Jacques de Beauvoir de Cossaye avec Gilberte d'Anlezy, petite-fille de Philibert d'Anlezy) et La Perrière, notamment Gabriel de La Perrière (mort en 1575), puissant seigneur de Dumphlun et de Bazoches, dont la fille Françoise est la grand-mère de Sébastien Le Prestre de Vauban, maréchal de France.

Un occupant notable est Imbert d'Anlezy, seigneur de Dumphlun, l'un des cent gentilshommes de la Maison du Roi, vétéran des guerres d'Italie, appelé à la fin de sa vie au service du jeune duc d'Alençon. Il lui dédia un livre sur la fortune, Liber Fortunae (1558), illustré par le grand artiste maniériste Jean Cousin le Jeune. Cet ouvrage, conservé à la bibliothèque de l'Institut de France, a été commenté en détail (dessins) par l'historien Ludovic Lalanne dans Le Livre de Fortune, Recueil de deux cents Dessins inédits de Jean Cousin, 1883 et par l'historienne Florence Buttay qui s'est intéressée à la figure d'Imbert d'Anlezy (mort vers 1574).

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LES GRANDS TRAVAUX (XVIIe- XVIIIe siècles)

Aux XVIe-XVIIe siècles, le château de Dumphlun a appartenu à un famille de magistrats, les Lamoignon (cf. J.N. Morellet, Le Nivernois, Album historique et pittoresque, 184011), puis aux Rémigny, famille d'origine italienne arrivée dans la Nièvre à la suite de Catherine de Médicis et des ducs de Gonzague (1547 à 1559).

Les Rémigny ont été influents à Nevers aux XVIIe et XVIIIe siècles. On peut encore voir à Nevers l'Hôtel de Rémigny, au 1 rue de Rémigny. Paul, Baron de Rémigny, marié à Marie-Christine de la Perrière, s'installe à Dumphlun, en 1618 ou 1644. Son descendant Angélique-Louis Marie, marquis de Rémigny (marié à Françoise Guigues de Moreton de Chabrillan), entreprit, en 1769, un vaste remaniement du château de Dumphlun. Son projet architectural prévoyait une reconstruction dans le goût classique, avec l'adjonction de deux ailes symétriques. Seule l'aile sud a été bâtie. Elle est inachevée, et a été surélevée d'un étage.

 

A l'issue de ces grands travaux, le château présente un plan en équerre avec une aile du XVe siècle orientée nord-est / sud-ouest, qui correspond à l’ancien logis seigneurial, à laquelle a été ajoutée, au XVIIIe siècle, une aile plus importante orientée sud-est / nord-ouest. Ces façades présentent des baies à encadrement harpé, percées au XVIIIe, à la même époque que la tour à cinq pans hors œuvre construite sur l'axe de symétrie de la façade d'arrivée. Elle renferme un bel escalier suspendu tournant à quatre paliers. L'aile XVIIIe, éclairée par des fenêtres à linteau en arc segmentaire, présente un toit à la Mansart avec lucarnes à fronton cintré. En raison de cette articulation de deux bâtiments reliés entre eux au niveau de la tour du XIVe siècle, il est parfois fait référence au château de Dumphlun, dans les documents cadastraux du début du XIXe siècle, comme les « deux châteaux ».

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LA FERME MODÈLE (XIXe - XXe siècles)

La Révolution française a poussé le dernier marquis de Rémigny à l'émigration (il meut en 1803). Son dernier fils survivant, Pierre-Nicolas de Rémigny, meurt en 1821 à l'âge de 15 ans. Un marronnier, arbre de la liberté, planté dans la cour en 1793, est l'un des témoignages encore visibles de cette période.

L'ensemble du domaine, château et fermes est acheté en 1814 par une famille parisienne, les Boucher. Ils font de Dumphlun leur résidence d'été et entreprennent d'y développer les dernières techniques agricoles.

Vers 1875, la ferme de Dumphlun comptait ainsi parmi les plus importantes du département avec 135 ha de culture et de prés, 75 têtes de bétail, 144 têtes de cheptel sédentaire. Elle est restée dans l'histoire agricole de la Nièvre par ses innovations techniques (premières moissonneuses à vapeur) et ses élevages, notamment de chevaux (le premier poulain nivernais exporté aux États-Unis en 1887 se nommait "Dumphlun").

Occupé par les troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale, le château de Dumphlun a échappé au sort du château voisin de Playnes, incendié par les nazis.

Robert Guény (1904-1976) a été maire de la commune de Billy-Chevannes et président du Conseil général de la Nièvre de 1949 à 1964.

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